Les exportations d’urée vers l’Inde connaissent une forte progression pour l’Algérie. Entre avril et juin 2026, le pays a livré 245 000 tonnes d’urée au marché indien, selon les données du ministère indien du Commerce relayées par Ecofin et Algérie Eco.
Sur la même période en 2025, aucune livraison algérienne d’urée vers l’Inde n’avait été enregistrée. Cette évolution illustre l’ouverture d’un débouché important pour la production algérienne d’engrais sur l’un des principaux marchés agricoles mondiaux.
Les trois mois concernés correspondent au premier trimestre de l’exercice budgétaire indien 2026/2027, qui s’étend du 1er avril 2026 au 31 mars 2027.
Durant cette période, l’Inde a importé au total 2,5 millions de tonnes d’urée.
Les exportations d’urée vers l’Inde atteignent 245 000 tonnes
Parmi les fournisseurs africains, l’Égypte arrive en tête avec 609 000 tonnes expédiées vers l’Inde entre avril et juin.
L’Algérie suit avec 245 000 tonnes, légèrement devant le Nigeria, qui a livré 244 000 tonnes.
À eux trois, ces pays africains ont fourni près de 1,1 million de tonnes d’urée au marché indien durant le trimestre.
En ajoutant la Géorgie, qui a exporté 211 000 tonnes, ces quatre fournisseurs ont représenté 52 % des importations indiennes d’urée sur la période.
La progression algérienne est d’autant plus notable que, sur l’ensemble de l’exercice indien 2025/2026, l’Algérie avait exporté 217 059 tonnes d’urée vers l’Inde.
Les 245 000 tonnes expédiées en seulement trois mois en 2026 dépassent donc déjà le volume enregistré sur l’ensemble de l’exercice précédent.
Les producteurs africains gagnent du terrain en Inde
La structure des approvisionnements indiens évolue.
Au cours de l’exercice 2025/2026, le Nigeria avait livré 447 090 tonnes d’urée à l’Inde. L’Algérie suivait avec 217 059 tonnes, tandis que l’Égypte avait exporté 194 830 tonnes.
Les données du premier trimestre 2026/2027 montrent désormais une forte progression de l’Égypte et de l’Algérie.
L’Inde continue néanmoins de diversifier ses achats et importe également de l’urée provenant notamment d’Oman, de Malaisie, de Russie, de Turquie et du Vietnam.
La montée des fournisseurs africains intervient alors que New Delhi cherche à réduire sa dépendance à certaines routes et zones d’approvisionnement.
Les tensions autour d’Ormuz modifient les flux commerciaux
Le contexte géopolitique contribue à cette évolution.
Les pays du Golfe occupent traditionnellement une place importante dans les importations indiennes d’urée et d’autres engrais. Cependant, les perturbations affectant les routes maritimes autour du détroit d’Ormuz ont entraîné des difficultés logistiques et une augmentation des coûts de transport.
Ces tensions incitent l’Inde à rechercher davantage de fournisseurs alternatifs.
Cette stratégie de diversification avait toutefois débuté avant les dernières perturbations. Dès mars 2026, les autorités indiennes avaient identifié plusieurs producteurs africains, dont l’Algérie, l’Égypte, le Maroc et le Togo, comme des sources potentielles permettant de sécuriser les approvisionnements nécessaires à l’agriculture indienne.
Pour l’Algérie, cette recomposition du marché ouvre donc une fenêtre commerciale supplémentaire pour développer ses exportations d’engrais vers l’Asie.
L’Inde reste un marché majeur pour les engrais
Le potentiel du marché indien reste considérable.
Selon les données rapportées par la source, les prévisions de consommation totale d’engrais en Inde ont toutefois été légèrement révisées à la baisse, passant de 39,05 millions à 38,39 millions de tonnes.
Pour l’urée spécifiquement, les besoins anticipés ont été ramenés de 19,4 millions à 19 millions de tonnes.
Ces volumes restent néanmoins très supérieurs aux quantités actuellement fournies par l’Algérie.
La capacité à maintenir une présence durable dépendra notamment de la compétitivité des producteurs, des volumes disponibles et de la régularité des liaisons maritimes.
Des prix toujours élevés sur le marché indien
Le marché indien reste également confronté à une hausse des coûts.
Le prix d’un sac d’engrais de 45 kg est passé d’environ 30 à 45 dollars, selon les données rapportées.
Face à cette progression, le ministère indien des Engrais propose de porter les subventions publiques consacrées au secteur à 37,1 milliards de dollars, contre 18,6 milliards initialement prévus.
Durant l’exercice 2025/2026, la facture des subventions avait déjà dépassé 22,8 milliards de dollars.
La diversification géographique des fournisseurs constitue donc l’un des leviers utilisés par l’Inde pour sécuriser ses approvisionnements, mais elle n’élimine pas les tensions sur les coûts.
Un enjeu de diversification pour les exportations algériennes
Pour l’Algérie, la progression observée entre avril et juin présente surtout un intérêt dans le cadre de la diversification des exportations hors hydrocarbures. Les exportations d’urée vers l’Inde représentent ainsi un nouveau débouché pour l’industrie nationale des engrais.
Les engrais constituent un produit industriel capable de générer des recettes à l’international et de positionner le pays sur plusieurs marchés agricoles.
L’enjeu sera désormais de déterminer si les 245 000 tonnes exportées vers l’Inde correspondent principalement à une opportunité liée aux perturbations actuelles ou si elles marquent le début d’un débouché commercial plus durable.
La dynamique intervient également dans un marché africain des produits agrochimiques en croissance. Celui-ci était évalué à 12,21 milliards de dollars en 2025 et pourrait atteindre 15,08 milliards de dollars en 2031, les engrais représentant déjà plus de la moitié de sa valeur.
Pour les producteurs algériens, le développement des ventes vers l’Inde peut ainsi constituer un nouvel axe de diversification géographique, en complément des marchés traditionnellement desservis.
Algerian Business suit de près le développement des exportations industrielles algériennes et l’ouverture de nouveaux débouchés internationaux pour les produits hors hydrocarbures.
Sources : ministère indien du Commerce, Ecofin, Algérie Eco.



