Sonatrach et la compagnie italienne Eni approfondissent leur coopération autour de la décarbonation des hydrocarbures en Algérie. Les deux groupes ont signé, lundi 17 août 2026 à Alger, un nouveau protocole d’intention portant sur plusieurs leviers destinés à réduire l’empreinte environnementale de leurs activités pétrolières et gazières.
Ce nouvel accord s’inscrit dans le prolongement du mémorandum d’intention conclu entre les deux partenaires en 2023. Il doit permettre de poursuivre les travaux engagés autour de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et de l’amélioration de la performance énergétique des installations exploitées conjointement.
Le partenariat porte notamment sur les émissions de méthane, la réduction du torchage, l’efficacité énergétique, les technologies de captage du carbone et certaines solutions naturelles de séquestration du CO₂.
La décarbonation devient un enjeu industriel pour Sonatrach
La réduction des émissions de méthane figure parmi les principaux axes du protocole.
Les deux entreprises prévoient de poursuivre les campagnes de détection et de réparation des fuites de gaz sur leurs installations. Ces opérations doivent permettre d’identifier plus rapidement les émissions non intentionnelles et de réduire les pertes associées aux infrastructures pétrolières et gazières.
Le programme prévoit également des actions destinées à limiter le torchage de routine sur les gisements exploités conjointement.
Pour Sonatrach et Eni, ces mesures doivent contribuer à réduire l’empreinte carbone de leurs opérations tout en améliorant l’efficacité de certaines infrastructures.
Six installations concernées par des diagnostics énergétiques
Le protocole prévoit également la réalisation de diagnostics d’efficacité énergétique sur six installations majeures exploitées en partenariat dans le Sahara algérien.
L’objectif est d’identifier les possibilités permettant de réduire la consommation énergétique des installations et d’améliorer leurs performances opérationnelles.
Ces audits peuvent notamment permettre aux opérateurs de repérer les équipements ou procédés les plus énergivores et de déterminer les actions susceptibles d’améliorer l’efficacité globale des sites.
La décarbonation des hydrocarbures en Algérie ne repose donc pas uniquement sur la réduction directe des émissions. Elle passe également par une meilleure maîtrise de la consommation énergétique tout au long des opérations industrielles.
Le captage et le stockage du carbone parmi les pistes étudiées
Sonatrach et Eni souhaitent également approfondir leur coopération autour des technologies de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, généralement désignées par l’acronyme CCUS.
Ces solutions consistent à capter une partie du dioxyde de carbone produit par certaines activités industrielles afin d’éviter son rejet direct dans l’atmosphère. Le CO₂ peut ensuite être utilisé dans certains procédés ou stocké de manière durable.
Le protocole d’intention prévoit d’explorer le potentiel de ces technologies dans le cadre des activités menées conjointement par les deux groupes.
À ce stade, les informations disponibles ne précisent toutefois ni les investissements envisagés, ni les capacités de captage prévues, ni le calendrier d’éventuels projets industriels.
Il s’agit donc d’un axe de coopération et d’étude, et non de l’annonce d’une installation de captage déjà engagée.
Un programme forestier également envisagé
La coopération entre Sonatrach et Eni doit aussi intégrer des solutions fondées sur la nature.
Les deux entreprises prévoient ainsi de travailler sur un programme forestier destiné à favoriser le captage biologique du dioxyde de carbone.
Cette initiative pourrait associer des actions de boisement, de restauration des sols et de développement de puits de carbone naturels.
L’objectif serait de compléter les solutions technologiques de réduction des émissions par des mécanismes naturels capables d’absorber une partie du CO₂ présent dans l’atmosphère.
Les modalités précises, la superficie concernée et le calendrier de ce programme n’ont toutefois pas été détaillés dans les informations disponibles.
Un enjeu de compétitivité pour le gaz algérien
Au-delà de la dimension environnementale, le partenariat présente également un enjeu économique pour l’Algérie.
Le marché énergétique européen accorde une place croissante aux émissions associées à la production et au transport des hydrocarbures. Pour les fournisseurs de gaz, la capacité à réduire l’empreinte carbone de la chaîne de valeur devient progressivement un facteur supplémentaire de compétitivité.
Dans ce contexte, les efforts consacrés à la réduction du méthane, du torchage et de la consommation énergétique peuvent contribuer à améliorer la performance environnementale du gaz produit en Algérie.
L’Italie constitue par ailleurs un marché stratégique pour les exportations énergétiques algériennes, tandis qu’Eni est présente depuis plusieurs décennies dans l’industrie pétrolière et gazière du pays.
La coopération entre Sonatrach et Eni s’inscrit ainsi à la fois dans une logique industrielle, énergétique et commerciale.
Une coopération qui prolonge le partenariat engagé en 2023
Le protocole signé en août 2026 ne constitue pas le point de départ de la coopération entre les deux groupes dans le domaine de la décarbonation.
Il prolonge un mémorandum d’intention conclu en 2023 et vise à approfondir les travaux déjà engagés.
Cette continuité permet aux deux entreprises de développer progressivement une feuille de route couvrant plusieurs dimensions : émissions fugitives, torchage, efficacité énergétique, captage du carbone et solutions naturelles.
Sonatrach cherche ainsi à intégrer davantage les enjeux environnementaux dans ses activités, tandis qu’Eni poursuit sa propre stratégie de réduction des émissions liées à ses opérations internationales.
La décarbonation devient un enjeu industriel pour Sonatrach
Pour Sonatrach, ces initiatives interviennent dans un contexte où les producteurs d’hydrocarbures doivent concilier maintien des capacités de production, sécurité énergétique et réduction progressive des émissions.
La décarbonation des hydrocarbures en Algérie peut donc devenir un levier industriel à part entière, notamment pour préserver l’attractivité des ressources algériennes auprès de partenaires et de clients internationaux.
L’accord avec Eni illustre cette évolution vers une coopération qui ne porte plus uniquement sur l’exploration ou la production, mais également sur la performance environnementale des infrastructures.
La mise en œuvre concrète des différents axes annoncés permettra désormais de mesurer l’ampleur des réductions d’émissions susceptibles d’être obtenues et les investissements nécessaires pour accompagner cette transformation.
Algerian Business suit de près la transformation du secteur énergétique algérien et les partenariats industriels susceptibles d’améliorer la compétitivité et la performance environnementale des entreprises nationales.
Sources : Sonatrach, Eni, El Watan.



