Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) avance dans ses recherches sur la production de biodiesel à partir d’huiles usagées. Son équipe « Production et Valorisation de Bioalcool et Biodiesel » (PVBB) a développé un pilote semi-industriel destiné à transformer ces déchets en carburant renouvelable.
Le projet associe ainsi deux problématiques : le traitement d’un déchet susceptible de polluer les réseaux d’assainissement et la production d’un carburant renouvelable à partir d’une ressource récupérée localement.
Le biodiesel à partir d’huiles usagées au cœur du projet du CDER
Le dispositif mis au point par le CDER peut traiter jusqu’à 150 litres d’huile alimentaire usagée lors d’un cycle de production.
Le procédé repose sur la transestérification. Cette réaction chimique consiste à mettre l’huile en contact avec un alcool et un catalyseur dans des conditions contrôlées de température et d’agitation.
À l’issue du processus, deux produits sont obtenus : des esters d’acides gras constituant le biodiesel et du glycérol.
Selon les résultats présentés par le CDER, certains essais ont permis d’obtenir un rendement de conversion supérieur à 90 %, selon les conditions opératoires appliquées.
Pour un cycle traitant 150 litres d’huile, le pilote peut produire environ 140 litres de biodiesel, auxquels s’ajoutent environ 15 litres de glycérol brut.
Ces performances doivent désormais permettre aux chercheurs de poursuivre les essais et d’optimiser les différents paramètres du processus de production.
Un important gisement d’huiles alimentaires usagées en Algérie
Au-delà de la technologie développée, la disponibilité de la matière première constitue un élément important pour évaluer le potentiel de cette valorisation.
Selon des données de l’Agence nationale des déchets (AND) citées par le CDER, le gisement national d’huiles alimentaires usagées était estimé à 450 519 m³ par an en 2018.
Il s’agit donc d’une estimation datant de 2018 et non du volume actuellement produit en Algérie. Le CDER indique néanmoins que ce gisement pourrait évoluer avec la croissance démographique et le développement de la restauration.
Ces huiles sont classées parmi les déchets spéciaux sous le code 20.1.8. Lorsqu’elles ne sont pas collectées et traitées, leur rejet dans les réseaux d’assainissement peut notamment provoquer des obstructions et contribuer à la pollution de l’eau.
Leur récupération permettrait ainsi de transformer une partie de ces déchets en matière première pour la production de biodiesel.
Du déchet au carburant renouvelable
Le projet développé par le CDER s’inscrit directement dans une logique d’économie circulaire : récupérer une matière considérée comme un déchet pour la réintroduire dans une nouvelle chaîne de production.
Après séparation et purification, le biodiesel obtenu peut être destiné à plusieurs usages. Les travaux présentés par le Centre évoquent notamment le transport, les engins agricoles et les groupes électrogènes.
Le carburant peut être utilisé dans des moteurs diesel conventionnels, seul ou mélangé au gazole, sous réserve des étapes nécessaires de séparation, de purification et du respect des exigences applicables au carburant produit.
Le pilote doit justement permettre de poursuivre les recherches sur la qualité du biodiesel et d’optimiser le procédé afin de le rapprocher des exigences applicables aux biocarburants.
Le CDER étudie également le recours au bioéthanol
Les recherches ne portent pas uniquement sur la transformation des huiles usagées. L’équipe PVBB travaille également sur les alcools employés pendant le processus de production.
Le méthanol est couramment utilisé pour la transestérification. Cependant, celui-ci est généralement issu de ressources fossiles.
Les chercheurs étudient donc la possibilité de le remplacer par du bioéthanol produit à partir de biomasse renouvelable. Cette piste permettrait d’accroître la part de ressources renouvelables entrant dans le processus de fabrication du biodiesel.
Les travaux doivent permettre d’évaluer les possibilités de développer un procédé davantage fondé sur des ressources renouvelables et disponibles localement.
Le glycérol pourrait également créer de la valeur
Le biodiesel n’est pas le seul produit issu du processus. La transformation génère également du glycérol brut, dont environ 15 litres peuvent être obtenus lors d’un cycle de 150 litres d’huile selon les données présentées.
Le CDER indique que ce coproduit peut trouver des applications dans différents secteurs industriels, notamment la cosmétique, la pharmacie, la chimie et la fabrication de détergents.
Sa valorisation constitue donc un autre axe étudié par les chercheurs. Elle permettrait d’améliorer l’utilisation des matières générées au cours du processus et pourrait renforcer l’intérêt économique de cette technologie.
Le projet dépasse ainsi la seule production d’un carburant : il porte également sur la valorisation des différents produits issus de la transformation.
Vers une production à plus grande échelle
À ce stade, il convient toutefois de parler d’un pilote semi-industriel et non d’une nouvelle filière industrielle déjà opérationnelle en Algérie.
Le dispositif doit notamment servir à tester le procédé dans des conditions plus proches d’une exploitation industrielle et à préparer le développement potentiel de futures unités de production adaptées aux ressources disponibles dans les différentes régions du pays.
La cartographie du gisement réalisée par l’Agence nationale des déchets pourrait contribuer à identifier les zones disposant des volumes d’huiles usagées les plus importants et, à terme, à orienter les opérations de collecte ainsi que l’implantation éventuelle d’unités de valorisation.
Le CDER envisage également le développement de partenariats avec les collectivités et les opérateurs économiques, parallèlement aux travaux consacrés à l’optimisation du procédé et à la valorisation du glycérol.
À moyen terme, l’ambition présentée consiste à travailler sur une chaîne couvrant plusieurs étapes, depuis la collecte des huiles alimentaires usagées jusqu’à leur transformation et à l’utilisation du biodiesel dans différents secteurs.
Cette approche pourrait ainsi associer gestion des déchets, recherche technologique, production énergétique locale et économie circulaire, à condition que les prochaines étapes permettent de confirmer les résultats du pilote à une échelle supérieure.
Algerian Business suit de près les innovations et projets susceptibles de contribuer au développement de nouvelles filières industrielles, énergétiques et technologiques en Algérie.
Sources : CDER – Bulletin des énergies renouvelables n°61 ; Agence nationale des déchets (données citées par le CDER) ; Algérie Eco.



