Le projet intégré de phosphate entre en phase de réalisation
L’Algérie accélère la réalisation de l’un de ses principaux projets miniers et industriels. Plusieurs travaux liés au projet intégré de phosphate ont été officiellement lancés entre le 23 et le 24 septembre dans l’est du pays.
Le dispositif s’étend sur plusieurs wilayas, notamment Tébessa, Souk Ahras et Annaba. Il doit former une chaîne reliant l’extraction du minerai à sa transformation industrielle, puis à son transport et à sa commercialisation.
À Bled El Hadba, la première pierre du complexe d’extraction et d’enrichissement a été posée le 24 septembre. À Oued Kebrit, les autorités ont également lancé la réalisation du complexe de transformation chimique et de production d’engrais. Les travaux des installations portuaires du quai minéralier d’Annaba avaient été officiellement lancés la veille.
Cette avancée intervient après les accords conclus en août pour engager la première phase industrielle du projet. Saipem avait notamment annoncé le 12 août une Limited Notice to Proceed d’environ 500 millions d’euros, lui permettant de démarrer certaines activités préliminaires critiques en attendant la finalisation du contrat EPC complet.
Bled El Hadba constitue le premier maillon du projet
Le point de départ de la chaîne se situe à Bled El Hadba, dans la région de Bir El Ater. Les ressources géologiques de cette mine sont évaluées à environ 1,2 milliard de tonnes de phosphate brut.
Le site doit accueillir les activités d’extraction et d’enrichissement nécessaires à l’alimentation du complexe de transformation chimique d’Oued Kebrit.
Selon les données communiquées par l’APS, les installations sont conçues autour d’une capacité pouvant atteindre 10,5 millions de tonnes de phosphate brut par an. Le dispositif doit permettre de fournir jusqu’à 5,5 millions de tonnes de phosphate enrichi et commercialisable, tandis que la capacité annoncée de production de phosphate concentré atteint 3,2 millions de tonnes par an.
Mohamed Arkab, ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, a présenté Bled El Hadba comme « le premier maillon du projet intégré d’extraction, d’enrichissement, de transformation et d’exportation du phosphate vers les marchés mondiaux ».
Une chaîne industrielle au-delà de la simple extraction
L’ambition du projet dépasse l’exploitation d’une ressource minière brute. L’objectif est de transformer davantage le phosphate en Algérie afin de développer une chaîne de valeur industrielle.
Le minerai extrait à Bled El Hadba doit ainsi être enrichi avant d’être acheminé vers les unités de transformation. Cette organisation doit permettre de produire localement des engrais et plusieurs produits chimiques à plus forte valeur ajoutée.
L’APS indique que le projet doit contribuer à l’approvisionnement du secteur agricole en engrais, au développement des exportations hors hydrocarbures et à la création d’emplois directs et indirects. Les autorités mettent également en avant le transfert de technologie et le développement des compétences industrielles locales.
Le passage de l’extraction à la transformation constitue ainsi l’un des principaux enjeux économiques du projet intégré de phosphate en Algérie.
Oued Kebrit accueillera la transformation du phosphate en engrais
Le deuxième grand pôle industriel est situé à Oued Kebrit, dans la wilaya de Souk Ahras. La première pierre du complexe de transformation chimique du phosphate et de production d’engrais y a été posée le 24 septembre.
Le site doit recevoir le phosphate provenant de Bled El Hadba et assurer sa transformation en produits destinés notamment au secteur agricole.
La première phase prévoit une capacité annuelle annoncée d’environ 2,4 millions de tonnes d’engrais phosphatés et 570 000 tonnes d’engrais azotés. Le complexe doit également intégrer des unités dédiées à des produits intermédiaires tels que l’acide sulfurique, l’acide phosphorique et l’ammoniac.
Cette configuration permet d’intégrer plusieurs étapes industrielles sur le territoire national plutôt que de limiter le projet à l’exportation de minerai.
Saipem participe à la réalisation de la première phase
Le groupe italien Saipem intervient dans la réalisation de la première phase du projet. L’entreprise avait déjà remporté en juin 2025 un contrat de FEED portant sur la conception des infrastructures minières de Bled El Hadba et des unités destinées à la production d’engrais à Oued Kebrit.
Le 12 août 2026, Saipem a ensuite annoncé avoir signé avec Sonatrach une Limited Notice to Proceed d’environ 500 millions d’euros. Cette étape lui permet notamment d’engager l’ingénierie détaillée, l’approvisionnement de certains équipements nécessitant des délais importants et les premières activités de mobilisation.
Saipem prévoit également d’associer des entreprises algériennes aux activités de construction. Le groupe italien indique vouloir s’appuyer sur les capacités industrielles locales dans l’exécution du projet.
Il convient toutefois de distinguer cette enveloppe de 500 millions d’euros de la valeur globale du projet : elle correspond à la LNTP annoncée par Saipem et ne représente pas le coût total du projet intégré.
Le port d’Annaba devient le dernier maillon logistique
À l’autre extrémité de la chaîne, le port d’Annaba doit assurer l’interface avec les marchés.
Les travaux des installations portuaires du quai minéralier ont été officiellement lancés le 23 septembre. Ils s’inscrivent dans l’extension des capacités portuaires nécessaires au projet.
Ces infrastructures doivent recevoir le phosphate enrichi, les engrais et les autres produits issus des installations industrielles. Elles doivent permettre leur acheminement vers les marchés algérien, régional et international.
Mohamed Arkab a ainsi qualifié ces installations de « dernier maillon de la chaîne logistique du projet ».
Le ministre a également expliqué que le dispositif doit relier la mine de Bled El Hadba, le complexe d’Oued Kebrit, le réseau ferroviaire et les installations portuaires d’Annaba. Cette intégration doit assurer la continuité des flux depuis l’extraction jusqu’à la commercialisation et l’exportation.
Le ferroviaire doit connecter les différents pôles industriels
Entre la mine, les installations de transformation et le port, le transport ferroviaire constitue un élément essentiel du modèle logistique.
La chaîne doit permettre d’acheminer le phosphate extrait à Bled El Hadba vers Oued Kebrit, puis les produits transformés vers Annaba. Les infrastructures ferroviaires minières en cours de développement doivent ainsi accompagner la montée en puissance des capacités industrielles.
Cette organisation vise à limiter les ruptures entre extraction, transformation et exportation. Le projet ne repose donc pas uniquement sur la construction d’usines : son fonctionnement dépend également de la disponibilité coordonnée des infrastructures ferroviaires, portuaires, hydrauliques et logistiques.
À ce titre, le ministère de l’Hydraulique a demandé que les projets de raccordement en eau industrielle de Bled El Hadba et d’Oued Kebrit soient achevés avant la fin de 2026.
Le phosphate doit soutenir la production d’engrais et les exportations
Le projet poursuit deux grands objectifs économiques. Le premier concerne la transformation locale du phosphate afin d’alimenter une industrie nationale des engrais et des produits chimiques.
Le second porte sur les marchés internationaux. Les capacités de production prévues doivent permettre de commercialiser une partie des produits issus de la chaîne au-delà du marché national.
Le port d’Annaba occupe à ce titre une position stratégique. Les installations en construction sont conçues pour charger le phosphate enrichi, les engrais et les produits connexes à destination des marchés régionaux et internationaux.
Cette orientation s’inscrit dans la volonté de développer les exportations hors hydrocarbures tout en augmentant la valeur ajoutée créée localement à partir des ressources minières.
Un projet dont l’enjeu repose désormais sur l’exécution
Le lancement simultané des différents chantiers marque un changement important pour le projet intégré de phosphate. L’enjeu passe désormais progressivement de la préparation et de la contractualisation à l’exécution des infrastructures.
Cette phase reste néanmoins complexe. La performance de l’ensemble dépendra de l’avancement coordonné de la mine de Bled El Hadba, du complexe d’Oued Kebrit, des infrastructures ferroviaires, des raccordements industriels et du port d’Annaba.
Mohamed Arkab a d’ailleurs demandé aux entreprises concernées d’« accélérer le rythme de réalisation » afin d’atteindre la production de phosphate enrichi dans les délais prévus.
Avec des ressources géologiques estimées à 1,2 milliard de tonnes à Bled El Hadba, des capacités industrielles de plusieurs millions de tonnes et une chaîne allant de la mine au port, le projet intégré de phosphate représente l’un des principaux projets de transformation des ressources minières actuellement engagés en Algérie. Sa concrétisation permettra de mesurer la capacité du pays à développer une filière intégrée associant extraction, transformation industrielle, logistique et exportation.
Algerian Business suit de près la réalisation des grands projets miniers et industriels ainsi que leur contribution à la transformation locale des ressources et au développement des exportations hors hydrocarbures.
Sources: Sonatrach, Ministère des Hydrocarbures, APS, Saipem, Algérie Eco



