Organisée par Leancubator sous le thème « Aligning Performance with Sustainability », cette première édition a réuni à Alger des représentants d’institutions publiques et financières, des dirigeants d’entreprises, des investisseurs, des experts, des organisations internationales et des acteurs de l’innovation.
L’ambition affichée du Summit était de dépasser une lecture de l’ESG limitée à la responsabilité sociale ou à la conformité. Les différents panels ont ainsi abordé les conséquences économiques de ces transformations : accès aux capitaux, évolution des exigences des marchés internationaux, réduction de l’empreinte carbone, maîtrise des ressources, gestion des risques et adaptation des modèles industriels.
Noureddine Ouadah place l’innovation au cœur de la transformation ESG
Présent lors de cette première édition, Noureddine Ouadah, ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, a inscrit les enjeux ESG dans une réflexion plus large sur le développement économique et la compétitivité des entreprises algériennes. Son intervention a notamment mis l’accent sur la nécessité de prendre davantage en considération l’impact environnemental et sociétal de l’activité économique, ainsi que l’évolution des pratiques de gouvernance. L’APS a également rapporté son appel à mobiliser l’innovation pour renforcer la compétitivité et la durabilité des entreprises en intégrant les dimensions environnementale, sociale et de gouvernance.
Dans son intervention suivie par Algerian Business, le ministre a notamment évoqué une gouvernance davantage axée sur « l’innovation, la recherche scientifique ou le développement technologique ». Ces leviers peuvent, selon lui, permettre aux entreprises de mieux prendre en charge les contraintes environnementales tout en renforçant leur impact sur la société.
Cette approche a donné le ton à plusieurs échanges de la journée. L’innovation n’a pas été présentée comme un sujet distinct de l’ESG, mais comme l’un des moyens permettant aux entreprises de faire évoluer leurs modèles, leurs procédés et leurs solutions face aux nouvelles exigences environnementales et économiques.

La finance durable ouvre les échanges
La finance a constitué l’un des premiers grands axes de la journée. Le panel consacré à la finance durable et à l’accès aux capitaux ESG a notamment réuni des représentants du Fonds National d’Investissement, de l’Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement, de l’Algerian Startup Fund, d’El Djazair Istithmar ainsi que des spécialistes de l’écosystème financier.
Les discussions ont placé une question au centre des échanges : dans quelle mesure les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance peuvent-ils progressivement influencer l’allocation des capitaux et l’évaluation des projets en Algérie ?
La présence d’acteurs du financement public, de l’investissement et de l’écosystème startup a permis d’aborder l’ESG sous l’angle de l’investissement, plutôt que sous celui de la seule communication extra-financière.
Algerian Business a notamment rencontré Anys Rahabi, directeur général de l’Algerian Startup Fund (ASF), pour évoquer l’intégration des dimensions environnementales et sociales dans l’investissement, l’émergence de solutions liées à la transition écologique et les conditions nécessaires pour attirer davantage de capitaux vers les startups algériennes.
CBAM et décarbonation replacent l’ESG dans les échanges internationaux
L’un des sujets structurants de la journée concernait également les nouvelles exigences environnementales internationales.
Une keynote a été consacrée au mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières, le CBAM, et à ses implications pour le commerce international. Le programme a ensuite élargi la réflexion à l’énergie, à l’industrie et au climat, avec des représentants de la GIZ Algérie, de Systain Algeria, de l’AHK Algérie, de la Direction générale des forêts et de Holcim El-Djazaïr.
Pour les entreprises industrielles, la question dépasse désormais la réduction des émissions. Elle touche aussi à la compétitivité, à l’accès à certains marchés et à la capacité d’adapter les procédés industriels aux nouvelles exigences environnementales.
Cette dimension concerne particulièrement les entreprises tournées vers l’international. Mohamed Aziz Khoufi, responsable du développement commercial international de Faderco, a notamment échangé avec Algerian Business sur l’influence des exigences ESG dans le développement international de l’entreprise, l’évolution des attentes des marchés étrangers et la place de la performance environnementale dans une stratégie industrielle et exportatrice.
Chez Général Emballage, l’économie circulaire se traduit déjà dans les processus industriels
L’économie circulaire a constitué un autre temps fort de cette première édition. Au-delà des principes généraux, certains échanges ont permis d’illustrer la manière dont ces démarches peuvent se traduire dans les opérations des entreprises.
Interrogée par Algerian Business, Ouazna Ouali, directrice des systèmes de management durable de Général Emballage, explique que l’entreprise travaille notamment sur la réutilisation et le recyclage des déchets de process issus du carton.
Ces déchets sont actuellement valorisés et exportés, mais Général Emballage prévoit à terme de les réutiliser dans sa future usine à papier. L’entreprise assure également le suivi des déchets annexes confiés à des récupérateurs agréés afin d’en contrôler la traçabilité.
La mesure constitue également un volet de cette démarche. Général Emballage suit notamment sa consommation énergétique, les incidents environnementaux et son empreinte carbone. L’entreprise indique avoir réalisé un bilan couvrant les Scopes 1, 2 et 3 et s’être fixé un objectif de réduction de cette empreinte.
La matière première apparaît comme un enjeu particulièrement important. Selon Ouazna Ouali, son importation contribue au poids du Scope 3 de l’entreprise. Le projet d’usine à papier doit ainsi répondre à un double objectif : réduire le coût associé aux importations et diminuer l’empreinte carbone correspondante.
L’entreprise étend par ailleurs cette logique à sa chaîne de fournisseurs. Général Emballage dispose d’une politique d’achats responsables et procède à une évaluation annuelle de ses fournisseurs sur des critères ESG.
Cet exemple illustre l’un des enjeux qui a traversé le Summit : faire passer l’ESG d’une logique d’engagement à une logique de mesure, de transformation opérationnelle et, lorsque cela est possible, de création de valeur.
Gouvernance, risques et données complètent la transformation
La dimension environnementale n’a pas été la seule abordée. La gouvernance responsable et la gestion des risques ESG ont également fait l’objet d’un panel réunissant notamment des représentants du secteur assurantiel et des institutions publiques.
La fin de journée a ensuite replacé l’innovation et la technologie au cœur de la transformation des organisations.
Abdelfettah Herizi, directeur général de Leancubator, est intervenu sur le rôle de l’innovation dans la transformation ESG. Interrogé par Algerian Business, il a également insisté sur la double dimension de ces transformations pour les entreprises : « C’est une obligation, mais derrière aussi une opportunité pour nos acteurs. »
Selon lui, certains projets de décarbonation et de transformation durable nécessitent des investissements importants, notamment dans l’industrie. L’innovation peut parallèlement apporter de nouvelles réponses à ces problématiques, à travers les startups, la recherche et développement et la collaboration entre les différents acteurs de l’écosystème.
La data et l’intelligence artificielle ont également fait l’objet d’une keynote consacrée aux nouveaux outils de mesure, de pilotage et de reporting de la performance durable.
Ces sujets mettent en évidence une autre évolution : à mesure que les entreprises cherchent à quantifier leurs engagements, la disponibilité et la qualité des données deviennent essentielles. Mesurer les émissions, suivre les consommations, évaluer les fournisseurs ou documenter des indicateurs sociaux nécessite des systèmes de pilotage capables de produire des données exploitables.
L’innovation entrepreneuriale trouve aussi sa place dans l’ESG
La présence de startups et de solutions développées localement a apporté une dimension entrepreneuriale à cette première édition.
Pour Algerian Business, cet aspect fera l’objet d’un traitement éditorial spécifique. Plusieurs startups rencontrées pendant le Summit développent des produits et solutions pouvant répondre à des problématiques environnementales ou de transformation durable.
Leur présence pose une question plus large : dans quelle mesure les contraintes environnementales et les nouveaux besoins des entreprises peuvent-ils également devenir un marché pour l’innovation algérienne ?
Cette question rejoint directement les propos d’Abdelfettah Herizi sur le rôle de l’innovation collaborative. Le directeur général de Leancubator a notamment évoqué la nécessité de rapprocher les startups des problématiques concrètes rencontrées par les industriels et les grandes entreprises.
Le sujet rejoint également les problématiques de financement abordées en début de journée : identifier des solutions, leur permettre de passer à l’échelle et créer davantage de passerelles entre startups, investisseurs et grands groupes.
Une première édition qui rapproche ESG et enjeux économiques
À travers les différents panels et les initiatives présentées, cette première édition a surtout mis en évidence la diversité des implications économiques de l’ESG.
Pour une institution financière, le sujet peut concerner l’évaluation et le financement des projets. Pour un industriel, il peut se traduire par la consommation énergétique, la gestion des matières premières, la réduction des émissions ou l’évolution des procédés. Pour une entreprise exportatrice, les exigences des marchés internationaux et les réglementations carbone deviennent également des paramètres à intégrer dans sa stratégie.
L’enjeu sera désormais de mesurer la vitesse à laquelle ces principes se traduiront dans les décisions d’investissement, les outils de financement, les chaînes d’approvisionnement et les projets industriels en Algérie.
La première édition de l’ESG Excellence Summit aura, à ce titre, créé un espace de dialogue entre plusieurs composantes de cet écosystème : pouvoirs publics, financeurs, entreprises, organisations internationales, experts et entrepreneurs.
L’initiative est par ailleurs appelée à se poursuivre. Abdelfettah Herizi a indiqué à Algerian Business que l’objectif était de faire de l’ESG Excellence Summit une initiative durable et une plateforme de convergence entre les différents acteurs, avec un rendez-vous appelé à revenir chaque année et à évoluer autour de thématiques et de secteurs spécialisés.
Algerian Business poursuivra dans les prochains jours sa couverture de l’événement avec une série d’entretiens et de contenus consacrés aux dirigeants, entreprises et startups rencontrés lors du Summit.
Source : ESG Excellence Summit / Leancubator / entretiens réalisés par Algerian Business lors de l’événement
Algerian Business suit de près l’évolution des stratégies ESG, des investissements et des transformations industrielles qui redéfinissent la compétitivité des entreprises en Algérie.



