Un droit compensateur de 73,33 % sur le fil machine algérien
Le Département américain du Commerce a rendu sa décision finale dans l’enquête sur les importations de fil machine en acier au carbone et allié en provenance d’Algérie. L’administration américaine a fixé un taux compensateur de 73,33 % ad valorem pour SPA Algerian Qatar Steel (AQS), seule entreprise algérienne examinée individuellement dans cette procédure.
Le même taux de 73,33 % est appliqué à la catégorie « All Others », qui couvre les autres producteurs ou exportateurs algériens concernés par le champ de la mesure. La décision finale a été annoncée par le Commerce américain le 15 septembre et publiée au Federal Register le 18 septembre 2026.
Cette procédure avait été engagée à la demande de cinq producteurs américains : Charter Steel, Commercial Metals Company, Liberty Steel USA, Nucor Corporation et Optimus Steel. Elle porte sur l’existence de subventions considérées comme compensables au regard de la législation commerciale américaine.
Algerian Qatar Steel directement concernée par la décision
Algerian Qatar Steel (AQS) occupe une place centrale dans la procédure puisqu’elle a été retenue comme seul répondant algérien faisant l’objet d’un examen individuel. Le taux finalement adopté est identique à celui que le Département du Commerce avait déterminé à titre préliminaire en juillet 2026.
Un élément est cependant essentiel pour interpréter correctement ce chiffre. Le taux de 73,33 % est présenté par l’administration américaine comme étant fondé sur les « facts available with adverse inferences », soit les faits disponibles assortis d’inférences défavorables.
Selon les documents de la procédure, AQS n’a pas participé à l’enquête en qualité de répondant et le gouvernement algérien n’a pas fourni les informations sollicitées. Le Commerce américain a donc déterminé le taux en utilisant les informations dont il disposait et la méthodologie prévue par sa législation en cas de non-coopération.
Il serait par conséquent incorrect d’interpréter automatiquement les 73,33 % comme la mesure directe et vérifiée du niveau de subvention effectivement reçu par AQS. Ce chiffre correspond au taux compensateur déterminé par l’administration américaine selon les règles de la procédure.
Une mesure qui renchérit l’accès au marché américain
La décision constitue une nouvelle contrainte commerciale pour les producteurs algériens souhaitant vendre du fil machine aux États-Unis. Le droit compensateur prend la forme d’un prélèvement ad valorem appliqué aux marchandises concernées dans le cadre de leur entrée sur le marché américain.
Le Commerce américain avait déjà demandé, lors de sa décision préliminaire de juillet, aux services douaniers américains de suspendre la liquidation des importations concernées et d’exiger des dépôts en espèces correspondant aux taux établis. La décision finale confirme le taux de 73,33 %.
Pour la sidérurgie algérienne, l’enjeu dépasse donc le seul cadre réglementaire. Un niveau de droits aussi élevé est susceptible d’affecter les conditions économiques dans lesquelles le fil machine algérien peut être commercialisé aux États-Unis, même si son impact réel dépendra notamment des volumes exportés à l’avenir, des prix et des stratégies commerciales des producteurs.
Une procédure particulière pour l’Algérie
Le dossier présente également une particularité juridique importante. Dans sa décision finale, le Département du Commerce indique que l’Algérie n’est pas considérée par les États-Unis comme un « Subsidies Agreement country » au sens de la législation américaine.
Dans ce contexte, aucune détermination de préjudice matériel de l’industrie américaine par l’US International Trade Commission n’est nécessaire pour que l’ordre imposant les droits compensateurs soit émis. Le Commerce a ainsi publié simultanément sa détermination finale et l’ordre de droit compensateur.
Cette situation distingue le volet compensateur de certaines autres procédures commerciales américaines, dans lesquelles une analyse du préjudice subi par l’industrie nationale constitue une étape supplémentaire avant l’application définitive des droits.
La sidérurgie algérienne déjà confrontée à des mesures sur le rond à béton
Le fil machine n’est pas le premier produit sidérurgique algérien à faire l’objet de mesures commerciales américaines en 2026. Quelques mois auparavant, une autre procédure avait concerné le rond à béton en provenance d’Algérie.
Le 25 mars 2026, le Département du Commerce avait annoncé une détermination finale positive dans son enquête sur les droits compensateurs appliqués à ce produit. Le taux avait été fixé à 72,94 % pour Tosyali Iron Steel Industry Algeria, ainsi que pour les autres exportateurs concernés. Là encore, le taux attribué à l’entreprise avait été établi sur la base des faits disponibles avec inférences défavorables.
Une procédure antidumping distincte avait également concerné le rond à béton algérien. L’US International Trade Commission a conclu en avril 2026 que l’industrie américaine subissait un préjudice matériel en raison d’importations de rond à béton algérien que le Département du Commerce avait déterminées comme vendues aux États-Unis à un prix inférieur à leur juste valeur.
Ces différentes procédures montrent que plusieurs segments des exportations sidérurgiques algériennes sont désormais confrontés à des barrières commerciales sur le marché américain.
Un nouvel enjeu pour les exportations industrielles algériennes
La décision intervient alors que l’Algérie cherche à développer ses exportations hors hydrocarbures et que la sidérurgie constitue l’un des secteurs industriels disposant de capacités orientées vers les marchés internationaux.
Pour les producteurs algériens, l’enjeu porte désormais sur leur capacité à maintenir leur compétitivité sur des marchés où les politiques de défense commerciale se renforcent. Les procédures américaines sur le fil machine et le rond à béton montrent également l’importance, pour les entreprises exportatrices, de la participation aux enquêtes commerciales et de la documentation des mécanismes de financement ou de soutien public susceptibles d’être examinés.
Dans le cas du fil machine, la décision américaine est désormais définitive au niveau du Département du Commerce et s’accompagne directement d’un ordre de droit compensateur. Le taux de 73,33 % constitue ainsi une nouvelle donnée commerciale pour Algerian Qatar Steel et les autres exportateurs algériens concernés souhaitant accéder au marché américain.
Algerian Business suit l’évolution des exportations industrielles algériennes et des mesures commerciales susceptibles d’affecter leur accès aux marchés internationaux.
Sources : U.S. Department of Commerce, Federal Register, U.S. International Trade Commission (USITC), Algérie Eco



