L’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ne concerne plus uniquement les grandes entreprises. Dans l’écosystème entrepreneurial algérien, ces dimensions commencent également à intervenir dans l’analyse des projets susceptibles de recevoir des financements.
Pour l’Algerian Startup Fund, qui intervient en capital-risque auprès des startups, ces critères font déjà partie du processus d’évaluation. Au-delà de l’impact environnemental ou social, la question centrale reste cependant économique : existe-t-il un marché suffisamment solide pour permettre au projet de se développer ?
L’ESG entre dans les critères d’investissement de l’Algerian Startup Fund
Interrogé par Algerian Business sur la place accordée aux dimensions environnementales, sociales et de gouvernance dans les décisions d’investissement, Anys Rahabi confirme leur intégration dans l’analyse menée par l’ASF.
« Les critères environnementaux sociaux et de gouvernance font partie intégrante de nos critères », explique le directeur général de l’Algerian Startup Fund.
La gouvernance occupe notamment une place particulière dans le cadre d’une activité de capital-risque. L’ASF prenant des participations dans les startups financées, le fonds s’intéresse directement à leur gouvernance.
La dimension sociale est également étudiée. Anys Rahabi cite notamment le nombre de recrutements et la situation des personnes travaillant au sein de l’entreprise. Les aspects environnementaux sont, eux aussi, pris en considération dans l’analyse des dossiers.
Selon le dirigeant, cette composante pèse directement dans le processus de notation.
« En termes de notation, cela impacte à hauteur de 10 % sur le modèle global de la grille d’analyse qui servira à la validation des dossiers que nous traitons », précise-t-il.
La viabilité économique reste déterminante
L’existence de critères ESG ne signifie toutefois pas que l’impact environnemental ou social puisse se substituer à la viabilité économique d’un projet.
Pour Anys Rahabi, la capacité d’une startup à répondre à une problématique réelle tout en développant un modèle économiquement durable reste essentielle. Lorsqu’un projet associe ces deux dimensions, il peut alors devenir particulièrement intéressant pour un investisseur.
Le directeur général de l’ASF indique que le fonds est disposé à considérer des tickets d’investissement importants pour des projets répondant à de véritables problématiques environnementales et présentant des perspectives économiques.
Cette approche replace ainsi l’ESG dans une logique d’investissement : l’impact peut renforcer l’intérêt d’un projet, mais celui-ci doit également être capable de démontrer sa capacité à créer un marché et à se développer.
Des startups à fort potentiel commencent à émerger
L’écosystème reste encore relativement récent sur ces problématiques, mais l’ASF observe déjà l’arrivée de nouveaux projets.
« Nous commençons à avoir justement des startups qui présentent un potentiel énorme », affirme Anys Rahabi.
Selon lui, certaines entreprises développent même des solutions en avance sur le cadre réglementaire actuellement en place. Cette situation peut constituer un défi à court terme, mais également créer des opportunités à mesure que les marchés et les réglementations se structurent.
Le dirigeant considère que l’initiative vient en grande partie des porteurs de projets et des acteurs économiques. Les institutions interviennent ensuite pour encadrer et accompagner le développement de ces nouveaux marchés.
« Nous voyons justement qu’il y a des projets extrêmement intéressants en avance sur leur temps, certes, mais qui présenteront un potentiel incroyable dans le court terme », estime-t-il.
Crédits carbone et valorisation des déchets parmi les marchés à développer
Interrogé sur les secteurs liés à la transition écologique susceptibles de présenter un potentiel entrepreneurial en Algérie, Anys Rahabi estime que les possibilités sont nombreuses.
Il cite notamment le marché des crédits carbone.
« Nous n’avons pas encore, par exemple, de dispositions pour les crédits carbone. Ça, ça n’existe pas. Donc, ça, c’est un marché potentiel énorme », explique-t-il.
La valorisation des déchets constitue un autre terrain identifié par le dirigeant. Des initiatives existent déjà dans le recyclage, notamment du plastique ou du verre, mais elles restent selon lui de taille relativement limitée.
Le développement de projets capables de changer d’échelle pourrait ainsi ouvrir de nouvelles perspectives entrepreneuriales. Anys Rahabi souligne néanmoins l’importance de disposer de données permettant de mesurer le poids réel du recyclage et sa contribution aux besoins de l’économie algérienne.
Ces marchés restent donc en construction. Pour les startups capables de développer des solutions adaptées, cette situation peut représenter une opportunité, mais elle implique également de démontrer qu’un débouché économique réel peut émerger.
Attirer les capitaux passe d’abord par la démonstration du marché
C’est précisément sur ce point qu’Anys Rahabi identifie l’une des principales difficultés rencontrées par les startups algériennes lorsqu’elles cherchent à attirer des investisseurs.
À la question de savoir ce qui leur manque encore pour mobiliser davantage de capitaux, sa réponse est directe : « Je dirais des perspectives de marché. »
La technologie ou la qualité d’une solution ne suffisent donc pas. Une startup doit être capable de montrer qu’il existe une demande pour son produit ou son service.
« Lorsque vous allez justement parler à un investisseur, vous êtes censé présenter un MVP, un minimum viable product. Pour présenter un minimum viable product, vous êtes censé avoir confirmé qu’il existe un marché. Ensuite, il y a le potentiel du marché », explique le directeur général de l’ASF.
Pour un fonds d’investissement, cette capacité à démontrer l’existence d’un marché devient déterminante dans l’analyse du potentiel d’une entreprise.
L’impact ESG peut-il devenir un avantage auprès des investisseurs ?
Une startup capable de démontrer son impact environnemental ou social peut bénéficier d’un intérêt supplémentaire, mais là encore, Anys Rahabi revient à la viabilité économique du modèle.
L’investisseur cherchera à comprendre la taille du marché, ses perspectives de développement et le potentiel commercial du projet, y compris lorsque ce marché n’est pas encore pleinement constitué.
« Tout investisseur va évaluer la taille du marché, son potentiel, s’il n’est pas encore existant aujourd’hui, et sera intéressé par cet investissement-là », explique-t-il.
Sa conclusion résume l’intérêt que peuvent représenter ces nouveaux secteurs pour les acteurs du financement : « Je pense que les investisseurs devraient regarder ça de très près. Nous, du moins, nous le faisons. »
Entre l’émergence de startups positionnées sur la transition environnementale, le développement encore progressif de certains marchés et l’intégration de critères ESG dans les décisions de financement, de nouvelles opportunités commencent ainsi à se dessiner.
Pour les entrepreneurs, l’enjeu sera cependant de transformer ces problématiques environnementales et sociales en modèles capables de démontrer une demande, un marché et une véritable capacité de développement.
Source : entretien réalisé par Algerian Business avec Anys Rahabi, directeur général de l’Algerian Startup Fund (ASF), lors de l’ESG Excellence Summit 2026.
Algerian Business suit de près l’évolution du financement des startups, des nouveaux marchés liés à la transition environnementale et des opportunités d’investissement qui émergent dans l’écosystème entrepreneurial algérien.



