L’Algérie veut faire de la souveraineté numérique et du développement des capacités nationales deux composantes centrales de la gouvernance de l’intelligence artificielle. Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a défendu cette position lors de la 4e édition du Forum mondial de l’Unesco sur l’éthique de l’IA, organisée à Riyadh, en Arabie saoudite.
Participant à une rencontre ministérielle à huis clos en marge du Forum, le ministre a notamment alerté sur la concentration des capacités nécessaires au développement et au fonctionnement de l’IA entre un nombre limité de pays et d’entreprises. Au-delà de la réglementation, son intervention met ainsi en avant les infrastructures et les moyens économiques nécessaires pour réellement maîtriser ces technologies.
L’Algérie place les capacités technologiques au cœur de la souveraineté numérique
Pour Sid Ali Zerrouki, la question de l’intelligence artificielle ne peut pas être réduite à l’élaboration de règles et de cadres éthiques. Les États doivent également disposer des ressources leur permettant de développer, comprendre et contrôler ces technologies.
Le ministre a ainsi déclaré que « le défi ne se limite pas uniquement au volet réglementaire », en citant notamment l’accès à la puissance de calcul, aux infrastructures de données, à l’énergie, aux compétences, aux modèles et au financement.
Cette approche donne une dimension économique importante au débat sur la souveraineté en matière d’IA. Le développement de systèmes avancés dépend en effet d’un ensemble de capacités technologiques, humaines et financières que tous les pays ne possèdent pas au même niveau.
Pour l’Algérie, réduire ces écarts constitue donc l’un des enjeux de la coopération internationale autour de l’intelligence artificielle.
Puissance de calcul, données, énergie et financement : les nouveaux enjeux de l’IA
L’intervention algérienne met particulièrement en avant les infrastructures qui se trouvent derrière le développement de l’intelligence artificielle.
La puissance de calcul et les infrastructures de données constituent des ressources indispensables au développement et au fonctionnement des modèles. Leur déploiement s’accompagne également de besoins énergétiques, tandis que la disponibilité de compétences spécialisées et de financements conditionne la capacité des pays à développer leurs propres solutions.
Sid Ali Zerrouki a mis en garde contre les conséquences d’une concentration durable de ces ressources. Selon lui, cette situation pourrait placer certains États dans une « dépendance structurelle à l’égard de décisions prises ailleurs » lorsqu’ils participent aux mécanismes internationaux de gouvernance de l’IA.
L’enjeu consiste ainsi à permettre aux pays de ne pas être uniquement utilisateurs de technologies développées à l’étranger, mais de disposer progressivement de capacités leur permettant d’intervenir dans leur développement et leur gouvernance.
Une souveraineté numérique qui ne signifie pas l’isolement technologique
Sid Ali Zerrouki a également précisé la conception algérienne de la souveraineté dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Selon le ministre, celle-ci « ne doit surtout pas être comprise comme un repli technologique ». Elle repose plutôt sur la capacité d’un État à comprendre, évaluer, gouverner et développer progressivement les systèmes numériques qui occupent une place croissante dans les économies, les administrations et les sociétés.
Cette position met l’accent sur le développement de capacités nationales tout en maintenant une coopération internationale dans le domaine technologique.
L’Algérie avait d’ailleurs déjà participé, en juillet 2026 à Genève, au Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle. Les autorités algériennes multiplient parallèlement les initiatives consacrées aux compétences numériques et à l’IA.
Passer de la formation au renforcement des capacités
La question des compétences occupe également une place importante dans la position présentée à Riyadh.
Sid Ali Zerrouki a appelé à « opérer un saut qualitatif dans la coopération internationale » en matière d’intelligence artificielle. L’objectif défendu par l’Algérie est notamment de dépasser une coopération centrée uniquement sur la formation pour aller vers le développement de capacités technologiques concrètes.
Cette orientation rejoint certaines initiatives déjà engagées en Algérie. En juin 2026, le ministère de la Poste et des Télécommunications avait par exemple inauguré à Saïda un Skills Center proposant des formations gratuites dans plusieurs domaines, dont l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le cloud computing. Le ministère présente ces dispositifs comme un moyen de développer les compétences nationales nécessaires à l’économie numérique.
À Riyadh, le ministre a également appelé l’Unesco à contribuer à la définition d’un cadre opérationnel établissant un niveau minimal de capacités de gouvernance et de compétences techniques pour chaque État membre.
L’Algérie propose une agence internationale pour la gouvernance de l’IA
Au-delà du renforcement des capacités nationales, l’Algérie souhaite faire évoluer l’architecture internationale consacrée à l’intelligence artificielle.
Sid Ali Zerrouki a ainsi plaidé pour la création d’une agence internationale dédiée à la gouvernance de l’IA. L’objectif serait de favoriser une coopération plus équitable entre les États et d’améliorer la coordination internationale dans ce domaine.
Le ministre a toutefois insisté sur la nécessité d’une large concertation afin qu’une éventuelle nouvelle agence soit complémentaire des mécanismes déjà existants et qu’elle n’entrave pas l’innovation.
La proposition reste à ce stade une position défendue par l’Algérie. L’annonce ne correspond donc ni à la création effective d’une nouvelle organisation internationale, ni à une décision déjà adoptée par l’Unesco.
Un enjeu qui dépasse la seule réglementation de l’intelligence artificielle
L’intervention algérienne à Riyadh élargit finalement la question de la gouvernance de l’IA à celle des moyens nécessaires pour participer à cette transformation technologique.
Infrastructures numériques, centres de données, capacités de calcul, énergie, financement et formation de spécialistes deviennent ainsi des éléments directement liés à la capacité des économies à développer leurs propres usages de l’intelligence artificielle.
Pour l’Algérie, l’enjeu sera donc de transformer cette volonté de souveraineté numérique en capacités concrètes, tout en participant aux mécanismes internationaux de coopération et de gouvernance de l’IA.
Cette approche prend une importance particulière à mesure que l’intelligence artificielle s’intègre aux entreprises, aux administrations et aux infrastructures numériques. Elle place désormais la maîtrise des technologies et des ressources nécessaires à leur fonctionnement parmi les enjeux de compétitivité et de transformation des économies.
Algerian Business suit de près le développement de l’intelligence artificielle, des infrastructures numériques et des nouvelles capacités technologiques en Algérie.
Sources : ministère de la Poste et des Télécommunications, APS, Algérie Eco.



