L’hydrogène vert en Algérie attire de plus en plus l’attention des acteurs européens de l’énergie et de l’industrie. Dans un guide publié en août 2026, la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, GIZ, détaille les conditions d’investissement dans cette nouvelle filière ainsi que dans les applications Power-to-X.
Le document a été élaboré par la GIZ Algérie, l’AHK Algérie et le cabinet MIDEAST LAW dans le cadre du programme international H2Uppp.
Au-delà du potentiel énergétique du pays, le guide analyse également le cadre juridique, fiscal, bancaire et social applicable aux investisseurs étrangers.
L’hydrogène vert en Algérie présenté comme une opportunité d’investissement
Le guide met en avant plusieurs avantages structurels de l’Algérie.
Sa proximité avec l’Europe, son potentiel solaire et éolien, ses infrastructures énergétiques et son positionnement géographique sont présentés comme des atouts pour développer une nouvelle industrie autour de l’hydrogène.
Le pays bénéficie également d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires qui peuvent faciliter le développement de futurs projets industriels.
La GIZ souligne aussi la possibilité pour l’Algérie de devenir une porte d’entrée vers les marchés africains, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Plus de 25 milliards de dollars de besoins financiers
L’un des chiffres les plus importants du guide concerne le financement.
Les besoins associés au développement de l’hydrogène à grande échelle en Algérie sont évalués à plus de 25 milliards de dollars.
Ce montant illustre l’ampleur des investissements nécessaires pour construire les capacités de production, les électrolyseurs, les infrastructures renouvelables, le transport et le stockage.
Le défi ne sera donc pas uniquement technologique.
La question de la bancabilité des projets, c’est-à-dire leur capacité à réunir les conditions nécessaires pour attirer des financements, sera déterminante.
30 GW de renouvelables pour 12 GW d’électrolyse
Le développement de l’hydrogène vert en Algérie nécessitera une forte augmentation des capacités renouvelables.
Le schéma présenté dans le guide prévoit 30 GW de capacités solaires et éoliennes pour alimenter un électrolyseur d’une puissance totale de 12 GW.
Cette montée en capacité dépasserait largement les volumes actuels d’énergies renouvelables installés dans le pays.
Sonelgaz a déjà attribué 3 200 MW de projets solaires, principalement dans le cadre de contrats EPC.
Environ 400 MW avaient été raccordés au réseau au premier semestre 2026, portant la capacité renouvelable installée à plus de 1 GW.
Une stratégie nationale engagée depuis 2023
L’Algérie a adopté en mars 2023 une stratégie nationale consacrée à l’hydrogène vert.
À court terme, plusieurs installations pilotes d’électrolyse comprises entre 2 et 4 MW sont envisagées.
Une installation de référence de 50 MW est également prévue à l’horizon 2030 avec le soutien de la KfW.
Ces installations doivent permettre de tester différentes applications Power-to-X, notamment l’e-méthanol, l’e-kérosène et l’ammoniac vert.
Jusqu’à 1,25 million de tonnes à plus long terme
À plus longue échéance, le guide évoque un objectif de production d’environ 40 TWh entre 2030 et 2040, correspondant à près de 1,25 million de tonnes d’hydrogène.
Le document mentionne également l’ambition de répondre à une partie des besoins européens.
Une grande partie de cette production pourrait être acheminée via le SoutH2 Corridor, qui doit relier l’Algérie à l’Europe en passant par la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.
Cette infrastructure constitue un élément important de la stratégie d’exportation envisagée.
Arzew et l’aéroport d’Alger parmi les premiers sites ciblés
Plusieurs projets sont déjà identifiés dans le guide.
À Arzew, jusqu’à 15 000 tonnes d’ammoniac par an pourraient être produites à partir d’hydrogène vert.
Une installation pilote dédiée à l’e-SAF, un carburant d’aviation durable produit à partir d’électricité renouvelable, est également envisagée à l’aéroport d’Alger.
Ces projets restent toutefois à différents niveaux de développement et ne doivent pas être considérés comme des capacités déjà opérationnelles.
Un potentiel théorique beaucoup plus important
Une étude citée dans le guide estime que les zones présentant les meilleures conditions pourraient permettre de produire jusqu’à 18 millions de tonnes d’hydrogène par an, pour un coût complet compris entre 2,5 et 3 dollars par kilogramme.
En intégrant des zones moins favorables, le potentiel théorique pourrait atteindre 151 millions de tonnes par an, avec un coût situé entre 3,5 et 4 dollars par kilogramme.
Ces chiffres correspondent à des estimations de potentiel et non à des objectifs industriels déjà décidés.
Les investisseurs étrangers peuvent en principe détenir 100 % du capital
Sur le plan juridique, le guide rappelle que la règle 49/51 a été supprimée dans la plupart des secteurs.
La production d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert ne figure pas parmi les activités classées stratégiques par le décret exécutif n°21-145.
Les investisseurs étrangers peuvent donc, en principe, détenir jusqu’à 100 % du capital de leurs projets dans ces domaines.
Le document recommande toutefois une coordination étroite avec Sonatrach, Sonelgaz et les autorités compétentes.
Des incitations fiscales renforcées en 2026
La loi de finances pour 2026 a introduit plusieurs mesures destinées à soutenir l’hydrogène vert en Algérie.
Les électrolyseurs destinés à la production d’hydrogène bénéficient notamment d’une exonération des droits de douane.
Certaines dépenses engagées dans les projets liés à l’hydrogène vert et aux énergies renouvelables peuvent également être déduites fiscalement, dans les limites prévues par la législation.
Les projets enregistrés auprès de l’AAPI peuvent par ailleurs bénéficier d’autres avantages liés à la loi sur l’investissement.
L’AAPI au centre du parcours des investisseurs
La loi n°22-18 de juillet 2022 constitue le principal cadre applicable aux investissements.
L’Agence algérienne de promotion de l’investissement, AAPI, joue un rôle central dans l’accompagnement des investisseurs.
Trois régimes d’incitation sont prévus : sectoriel, géographique et investissements structurants.
Pour cette dernière catégorie, les projets doivent notamment dépasser 10 milliards de dinars d’investissement et créer au moins 500 emplois.
Des exonérations fiscales et douanières peuvent être accordées pendant les phases de réalisation et d’exploitation, sous réserve du respect des conditions requises.
Le financement extérieur reste l’un des principaux freins
Le guide identifie toutefois plusieurs difficultés.
L’une des principales concerne l’accès au financement international.
Selon le document, l’Algérie ne favorise pas le recours à de nouveaux emprunts extérieurs pour les investisseurs.
Cette situation peut devenir problématique pour des projets d’hydrogène dont les besoins en capitaux sont particulièrement élevés.
Des exceptions peuvent exister pour certains investissements stratégiques, mais leur cadre reste encore à clarifier.
Des investisseurs européens déjà positionnés
Plusieurs groupes européens ont déjà manifesté leur intérêt.
Lors du NAPEC organisé à Oran en octobre 2024, des protocoles d’accord ont été signés autour de projets d’hydrogène.
CEPSA avait notamment envisagé une production intégrée associant solaire, éolien et électrolyse, avec une capacité d’électrolyse de 200 MW.
VNG, SNAM, Seacorridor et Verbund ont également engagé des études autour du SoutH2 Corridor.
Ces travaux ont ensuite évolué vers l’Alliance de l’Hydrogène Algérie-Europe, ALTEH2A.
Une filière encore en phase de structuration
Malgré le potentiel identifié, le marché reste encore en construction.
Le guide souligne que le cadre juridique spécifique à la production et au transport de l’hydrogène vert et de ses dérivés n’est pas encore totalement finalisé.
Le financement, les taux d’intérêt, le risque de change et la structuration des contrats à long terme constituent également des points de vigilance.
Pour les investisseurs, la question ne porte donc plus uniquement sur le potentiel énergétique du pays, mais sur la capacité à construire des projets commercialement viables et finançables.
L’Algérie cherche à transformer son potentiel énergétique en nouvelle industrie
Le développement de l’hydrogène vert en Algérie pourrait permettre au pays de créer de nouvelles chaînes de valeur autour de l’énergie, des équipements industriels, de l’ammoniac, des carburants synthétiques et des infrastructures.
La proximité avec l’Europe et le développement envisagé du SoutH2 Corridor renforcent cette perspective.
Mais la concrétisation de cette ambition dépendra notamment du cadre réglementaire, de l’accès au financement et de la capacité à attirer des partenaires industriels capables d’investir sur le long terme.
Algerian Business suit de près le développement de l’hydrogène vert en Algérie et les investissements susceptibles de créer de nouvelles chaînes de valeur industrielles et énergétiques.
Sources : GIZ, AHK Algérie, MIDEAST LAW, Algérie Eco.



