C’est une réunion qui en dit long sur les ambitions du régulateur pour le système financier algérien. Mohammed Lamine Lebbou, gouverneur de la Banque d’Algérie, a réuni à Alger les dirigeants des principales banques commerciales du pays pour dresser un état des lieux du secteur et fixer les priorités de réforme pour les mois à venir. Le message est clair : le système bancaire algérien doit se transformer, s’élargir et se moderniser.
Diversification, proximité, accessibilité : les trois impératifs du régulateur
Au cœur des échanges, la Banque d’Algérie a formulé trois orientations majeures à l’intention des établissements bancaires. Premier impératif : diversifier les produits financiers proposés aux particuliers et aux entreprises. Le catalogue actuel des banques algériennes est encore perçu comme trop limité au regard des besoins d’une économie en pleine restructuration.
Deuxième priorité : améliorer la qualité des services de proximité. L’accessibilité géographique demeure un enjeu majeur dans un pays dont le territoire est l’un des plus vastes du continent africain. Les populations des wilayas éloignées des grands centres urbains continuent de faire face à des difficultés d’accès aux services bancaires de base.
Troisième axe : faciliter l’accès aux services financiers pour l’ensemble des citoyens et des entreprises sur le territoire national. Cette orientation s’inscrit directement dans l’agenda d’inclusion financière que le régulateur place au rang de priorité stratégique.
Un réseau bancaire encore insuffisant au regard des standards internationaux
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À fin 2024, le réseau bancaire national comptait 1 673 agences, 1 272 pour les banques publiques et 401 pour les banques privées. Rapporté à la population adulte, ce maillage territorial représente environ 5,2 agences pour 100 000 adultes, un niveau sensiblement inférieur aux moyennes internationales.
À titre de comparaison, la moyenne mondiale tourne autour de 12 à 15 agences pour 100 000 adultes dans les économies émergentes comparables. Ce déficit de couverture territoriale constitue l’un des principaux freins à l’inclusion financière et limite mécaniquement la capacité des banques à collecter l’épargne et à financer l’économie réelle.
Ce constat justifie l’orientation prise par le régulateur : le développement du réseau physique reste une nécessité, mais il devra impérativement s’accompagner d’une accélération de la transformation digitale pour toucher les populations les plus éloignées.
La transformation digitale, levier central de la modernisation
C’est sans doute le chantier le plus structurant évoqué lors de cette rencontre. La digitalisation du secteur bancaire est désormais considérée par la Banque d’Algérie comme un levier majeur pour moderniser les paiements, réduire la prédominance du cash dans l’économie et accélérer l’adoption des services financiers numériques.
Les données disponibles à fin mars 2026 témoignent d’une dynamique réelle, encore insuffisante au regard du potentiel du marché : l’Algérie comptait 22 millions de cartes de paiement, 4 713 distributeurs automatiques de billets et 104 000 terminaux de paiement électronique. Si la progression est notable, le taux d’utilisation effective de ces instruments reste un défi. La carte de paiement est souvent détenue mais peu utilisée, le retrait d’espèces demeure le réflexe dominant d’une large partie de la population.
La réduction de la masse monétaire circulant hors du système bancaire est un enjeu macroéconomique de premier plan. Une économie moins cash-dépendante, c’est une économie plus traçable, plus efficiente fiscalement et mieux financée.
Un contexte de réformes structurelles
Cette réunion intervient dans un contexte de modernisation progressive de l’écosystème financier algérien. Plusieurs chantiers sont en cours simultanément : la diversification des instruments de financement disponibles pour les entreprises, l’ouverture partielle du capital de certaines banques publiques et le renforcement du rôle des banques dans le financement de l’économie productive.
L’enjeu est considérable. Le financement bancaire de l’économie privée algérienne reste en deçà de son potentiel. Les PME, en particulier, continuent de signaler des difficultés d’accès au crédit comme l’un des principaux obstacles à leur développement. Améliorer la relation banque-entreprise est une condition sine qua non de la diversification économique que l’Algérie appelle de ses vœux.
Ce qu’Algerian Business retient
La tenue de cette réunion au plus haut niveau du régulateur envoie un signal fort au marché : la réforme bancaire n’est plus un horizon lointain, elle est en cours d’exécution. Les banques algériennes sont désormais attendues sur trois fronts simultanément, l’élargissement de leur réseau, la modernisation de leur offre digitale et l’amélioration de leur capacité à financer l’économie réelle.
Pour les entreprises algériennes, pour les entrepreneurs et pour les ménages qui cherchent à accéder à des services financiers de qualité, cette dynamique est une bonne nouvelle. Sa concrétisation sur le terrain sera le vrai test.
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